72 ans après, enfin un film sur le sabordage de la flotte à Toulon

Enfin un premier film sur le sabordage de la Flotte à Toulon.
Le 27 novembre 1942, 90 % de la flotte française est coulée par les marins français dans le port de Toulon. Un fait historique qui n'avait jamais fait l'objet d'un film.

Un docu-fiction sur le «désastre» de la Marine, en 1942, à Toulon a été présenté en avant-première au Théâtre Liberté, en présence de vétérans.

Le 27 novembre 1942, le fleuron de la flotte française sombre dans le port de Toulon. Les marins français ont, eux-mêmes, coulé leurs navires. Sur cent soixante-treize navires, plus de quatre-vingt-dix sont passés par le fond. «La France a entendu le canon de Toulon», lancera le général de Gaulle. Mais, en réalité, il est furieux.
Quatre-vingt-dix pour cent de la force navale a disparu. À jamais perdue pour rejoindre les alliés. «Les bateaux explosaient. On a chialé comme des gosses», commente un vétéran. «On était affolé.Ça pétait de partout. Les bateaux s'enfonçaient lentement dans la mer. On respirait à peine», décrit un autre. Les incendies vont durer trois jours et trois nuits.

C'est un désastre dont la Marine aura du mal à se relever et une blessure de guerre jamais vraiment fermée que les deux réalisateurs, Adila Bennedjai-Zou et Christophe Talczewski et le co-auteur Didier Sapaut, relatent dans un docu-fiction.
Ce film historique, le premier réalisé autour du sabordage, a été présenté, samedi soir, au Théâtre Liberté en avant-première. La diffusion de «Toulon 1942, le sabordage de la marine française» est programmée fin février sur France 3.
Images d'archives, films amateurs, reconstitutions en costumes - dont la plupart ont été tournées au Fort Lamalgue, à l'arsenal ou à la sous-préfecture de Draguignan - ou utilisation de la 3D, voilà tout autant de moyens qui participent à l'appréhension de cette opération de destruction des navires alors que les Allemands pénétraient dans Toulon.
Mais qui a donné les ordres ? Comment en est-on arrivé là ? Rester ou prendre le large, comme l'ont fait quatre sous-marins dont le Casabianca ? « La réponse à ces questions se trouve dans l'histoire douloureuse de l'armée de collaboration », évoque le film.
La projection s'est déroulée en présence de nombreuses personnalités, dont Pierre Soubelet (préfet du Var), l'Amiral Yves Joly (préfet maritime de la Méditerranée), le général Philippe Leonard (Gouverneur militaire de Marseille), Yann Tainguy (adjoint à la culture) et Philippe Berling (codirecteur du théâtre).
Vice-présidente de la Région (un des partenaires financiers du projet), Mireille Peirano a rendu hommage aux vétérans. Et d'ajouter: «Il est nécessaire de faire échec, par la culture, à l'obscurantisme et au fanatisme».
*Un hommage a été rendu à Pierre Favreau qui s'est éteint, en août, à l'âge de 92 ans, et qui a participé au tournage. Il faisait partie de l'équipage du sous-marin le Casabianca.

UNE GRANDE REVUE NAVALE EN PREPARATION POUR LE 15 AOUT

La revue navale 2009 devant les côtes varoises
La revue navale 2009 devant les côtes varoises

L’Elysée souhaite l’organisation, le 15 août prochain, d’une grande revue navale afin de commémorer le 70ème anniversaire du débarquement de Provence. Alors que d’autres manifestations se dérouleront d'ici là en Normandie pour célébrer le début de la reconquête alliée,  le 6 juin 1944, la Marine nationale se voit donc chargée de préparer la flotte à la parade devant les côtes varoises. Une opération de grande envergure puisqu’il s’agit de mettre en place un défilé naval et aérien incluant de très nombreuses unités. On notera d’ailleurs que, compte tenu de la réduction du format ces dernières années et du fonctionnement à flux tendu de la marine pour remplir ses missions, disposer d’un nombre suffisant de passerelles à la mer, sans pour autant perturber les missions, s’annonce déjà comme un challenge. Par chance, sauf pour les marins qui avaient prévu de partir en permission à ce moment là, le 15 août tombe sur une période généralement assez creuse en termes d’activité. Sauf évidemment en cas d’évènement nécessitant la mobilisation des forces navales françaises, comme ce fut le cas au large de la Libye à l’été 2011, et qui remettrait en cause la revue navale.

 

La revue navale 2004
La revue navale 2004

Malgré la présence à Toulon de nombreux bâtiments durant l’été, le défilé va probablement nécessiter une grosse réorganisation pour s’assurer de la disponibilité des moyens de la Force d’Action Navale. Ce qui aura des conséquences sur le planning de maintenance des bateaux. En clair, il va probablement falloir décaler ou raccourcir certains arrêts techniques, notamment des passages en cale sèche prévus à cette période.    

 

La marine chinoise intègre officiellement

son premier porte-avions

Le porte-avions Liaonning

Le premier porte-avions chinois a été livré le 25 septembre à l’armée populaire de Chine, au cours d'une imposante cérémonie à laquelle a participé le président Hu Jintao. Le bâtiment s’appelle finalement Liaoning, du nom d’une province du nord-est du pays. Long de 304 mètres et affichant un déplacement d’environ 60.000 tonnes en charge, ce navire, doté d’une piste oblique avec brins d’arrêt et d’un tremplin, devrait pouvoir embarquer 22 avions, des chasseurs-bombardiers J10 et des intercepteurs J15 (version chinoise du Su-33 russe).

27 ans après sa mise sur cale en Russie

 

Mis sur cale en 1985 aux chantiers de Nikolaev, en Ukraine, et lancé trois ans plus tard, l’ex-Varyag, qui devait être un sistership du Kuznetsov russe, a été racheté par la Chine en 2000, alors qu’il était à 70% d’achèvement. Alors qu’il s’agissait officiellement de la transformer en casino flottant, la coque a été remorquée en 2002 à Dalian, où les machines à sous ne furent jamais installées. En lieu et place, l’arsenal a entrepris d’achever le porte-avions, les travaux commençant véritablement en août 2005. Six ans plus tard, le navire a pris pour la première fois la mer à l’été 2011, débutant une longue période de tests. S’il est officiellement entré en service, le Liaoning est loin d’être opérationnel, et ne le sera sans doute pas avant plusieurs années. La marine et l’aéronautique navale chinoises vont, en effet, devoir passer par un long apprentissage de cet outil très complexe, qui nécessite un savoir-faire très particulier et long à acquérir. La volonté politique de Pékin de doter sa flotte d’un bâtiment de ce type, capable de projeter une force aérienne loin se ses bases, constitue néanmoins un signal fort en faveur de la protection des intérêts chinois dans la région.

Petits frères à l’horizon

 

Le pays ne souhaite d’ailleurs pas en rester là puisqu’au moins un autre porte-avions dérivé du Liaoning (285 mètres, 64.000 tonnes) serait déjà en construction (projet 089) pour une mise à flot en 2015, la réalisation d’un autre étant évoquée. Les Chinois auraient, par ailleurs, l’intention de se doter, au cours de la prochaine décennie, d’un porte-avions à propulsion nucléaire (projet 085), qui pourrait s’appuyer sur le modèle de l’Ulyanovsk russe (300 mètres, 85.000 tonnes), mis sur cale en 1988 et abandonné en 1991 suite à l’effondrement de l’URSS.

La France fait une croix sur son second porte-avions

Vue du design CVF-FR issu du projet franco-britannique
crédits : DCNS

L'affaire semble désormais entendue et faire consensus à droite comme à gauche, notamment chez les parlementaires. Faute de moyens, la France ne se dotera pas d'un second porte-avions et devrait encore, pendant au moins une quinzaine d'années, se contenter du Charles de Gaulle. Officiellement, aucune décision n'est encore prise. En 2008, lorsqu'il a mis fin au projet de coopération franco-britannique, qui aurait porté pour la Marine nationale sur la réalisation d'un bâtiment dérivé des unités de la classe Queen Elizabeth, Nicolas Sarkozy avait renvoyé à 2011/2012 sa décision concernant la construction ou non d'un second porte-avions français. Entre-temps, le chef de l'Etat avait demandé une étude pour déterminer les avantages et les inconvénients de la propulsion nucléaire par rapport à la propulsion classique. Cette dernière avait été retenue en 2004 par Jacques Chirac lorsque celui-ci avait voulu profiter du programme britannique pour lancer une coopération et, ainsi, tenter de « sanctuariser » le programme PA2. Toutefois, malgré les sommes déjà investies dans les études (plus de 100 millions d'euros) et la commande des catapultes aux Etats-Unis (qui fut par la suite annulée), le projet franco-britannique fut abandonné par le successeur de Jacques Chirac, et ce, pour la petite histoire, deux ans avant la signature d'un accord de défense qualifié d' « historique » entre Londres et Paris...

Nouveau design présenté en 2010 par DCNS (© : MER ET MARINE

Trop tardif et trop coûteux
Aujourd'hui, la situation est simple. Si, comme prévu, le PA2 dans sa version CVF-FR avait été commandé en 2008, son assemblage à Saint-Nazaire serait quasiment achevé et la mise en service aurait pu intervenir en 2015, à l'occasion du second arrêt technique majeur du Charles de Gaulle. Mais comme ce ne fut pas le cas, il faudrait désormais, si la commande était signée, attendre la fin de la décennie pour voir le bâtiment entrer en service. Même ceux qui défendaient le projet au nom de la nécessité d'assurer la permanence du groupe aéronaval n'y croient donc plus : « C'est trop tard maintenant car le PA2 arriverait alors que le Charles de Gaulle serait déjà à mi-vie », explique l'un d'eux. De plus, quand bien même il n'y aurait pas le problème de calendrier, les finances de l'Etat ne lui permettent pas de lancer une telle dépense, estimée à environ 3 milliards d'euros. « Il faut être honnête, il n'y a plus d'argent dans les caisses. Il va falloir que l'Etat se serre encore la ceinture et le ministère de la Défense, comme les autres, n'y échappera pas. Ce sera très dur pour les grands programmes déjà engagés, alors il n'est pas question d'y ajouter un porte-avions », estime un parlementaire.

Le Charles de Gaulle (© : EMA)

Préparer l'après Charles de Gaulle
Dans ces conditions, il est désormais plutôt question de travailler sur le successeur de l'actuel porte-avions. Normalement, le Charles de Gaulle, opérationnel depuis 2001, a été conçu pour avoir une durée de vie de 40 ans. Mais sa construction, qui a débuté en 1987, a été retardée à quatre reprises pour des questions budgétaires, aboutissant à une mise en service 5 ans après la date initialement prévue. En outre, le fait que le bâtiment soit à propulsion nucléaire fera que, contrairement à d'autres navires, il ne pourra pas être prolongé indéfiniment, pour des questions de sûreté. Tant et si bien qu'on peut imaginer son retrait du service vers 2030, peut être même avant. Ce qui signifierait une mise en chantier de son successeur (ou de ses successeurs si les finances publiques se sont redressées d'ici là) au début des années 2020. Dans ce cas, le lancement des études interviendrait avant la fin de cette décennie. Pour permettre aux industriels de maintenir une partie de leur savoir-faire dans la conception de porte-avions, outils hautement complexes, il ne serait donc pas étonnant qu'une ligne budgétaire soit dégagée sur la loi de programmation militaire à partir de 2015, afin de débuter les études du futur porte-avions. Cela permettrait, au passage, de « sauver politiquement la face », en donnant l'impression que le projet n'est pas abandonné, mais repensé afin de tenir compte des réalités actuelles. Une pirouette qui permettrait encore de gagner de nombreuses années...

La marine s'est dotée d'un hymne officiel

Première armée française à agir de la sorte, la marine dispose désormais de sa chanson.

Marin, rejoins ton équipage, tu es paré pour la mission", ainsi commence le nouvel hymne de la marine.© Johann Peschel / Marine Nationale

Avant de quitter ses fonctions voila deux semaines, l'ancien chef d'état-major de la marine Pierre-François Forissier avait pris la décision de doter son armée d'un élément qui lui manquait, à ses yeux : un hymne. Le fait que l'armée de terre ne possède pas de chanson "officielle" ou que l'armée de l'air n'en soit point dotée (contrairement à l'US Air Force qui possède son Off We Go into The Wild Blue Yonder) n'a pas rebuté la marine, bien au contraire. Le chef d'état-major a donc constitué un jury sous sa présidence et celle de Didier Decoin, président des Écrivains de marine et secrétaire général de l'Académie Goncourt. Ce jury a reçu dix-neuf projets, et le choix final s'est porté sur le texte du lieutenant de vaisseau Christian Beauval, de Toulon, et sur la musique composée par le chef de musique Didier Descamps de la Musique des équipages de la flotte, de Brest. Le tout a été officialisé par un message du 29 août dernier
Le lecteur jugera des qualités du texte, que nous lui livrons dans sa version intégrale :

Marin, rejoins ton équipage
Tu es paré pour la mission
Bientôt commence l'appareillage
Du patrouilleur au porte-avions
Marin au cours de ton voyage
Tu hisses notre pavillon
Au loin très haut tu portes l'image
De la France aux autres nations
Honneur, Valeur et Discipline
Mis au service de la Patrie
C'est la devise de la Marine
Qui s'est inscrite dans ta vie
C'est la devise de la Marine
Qui s'est inscrite dans ta vie

Le tout a été chanté pour la première fois à Brest, lors de la cérémonie d'adieu aux armes de l'amiral Forissier, et devrait désormais faire partie du parcours d'apprentissage des marins. On indique à l'état-major de la marine que ce chant est en fait l'un des aboutissements d'une réflexion engagée durant de longs mois sur le thème "être marin". Le capitaine de vaisseau Dominique de Lorgeril, chef du Sirpa Marine, explique ainsi que "tout bouge. Nous voulions réfléchir à ce que nous sommes : nos missions, nos emplois, notre capacité à bouger. Ce sont nos ancrages, notre capacité à durer, à nous engager, à demeurer humbles devant les éléments." Ce chant est donc une illustration de la volonté de l'état-major de la marine de "fédérer l'ensemble d'une communauté humaine tournée vers l'action".